Duncan : la structure des thrillers

Steve Duncan enseigne le scénario à Loyola Marymount University, à Los Angeles, après une carrière de scénariste et producteur de télévision. Sa contribution à ce comparatif est d'un ordre différent des autres : il ne propose pas une théorie générale du récit, mais une structure adaptée à un genre précis. Et ce choix mérite d'être pris au sérieux, car les modèles universels décrivent tous mal le thriller. Un récit dont le moteur est la menace ne se construit pas comme un récit d'apprentissage : sa question n'est pas de savoir ce que le personnage va devenir, mais s'il va survivre, et le spectateur doit sentir l'étau se resserrer bien avant qu'il ne se referme. Pour situer ce modèle parmi les autres : le comparatif complet des structures narratives.

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Un couloir qui se resserre au point de non-retour, avec les sept bascules de la structure de thriller de Steve Duncan

Le système en bref

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Duncan articule le thriller autour de moments de bascule dont l'ordre et la fonction sont spécifiques au genre.

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Le début du récit doit attirer l'attention par un moment fort. Pas une exposition, pas une installation progressive : quelque chose qui saisit immédiatement. Le thriller ne dispose pas du crédit de patience qu'accorde le spectateur à un drame.

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Le premier élément déclencheur perturbe le quotidien du personnage. La menace entre dans un monde qui fonctionnait.

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Le début de la quête engage le héros, qui découvre son nouvel univers et ses règles. C'est le moment où il comprend à quoi il a affaire, sans encore mesurer l'ampleur.

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Le point de non-retour est l'articulation centrale du modèle. Le personnage doit faire un choix radical, et à partir de là il ne peut plus abandonner. Duncan en fait le pivot du genre : un thriller dont le héros pourrait encore renoncer n'en est pas un.

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La tension principale se resserre, dans ce que Duncan décrit comme le calme avant la tempête. Les enjeux montent, l'espace se réduit.

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Le déchaînement, où tout semble perdu, précède le climax.

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Le climax voit le héros miser le tout pour le tout.

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Ce que ce système fait remarquablement

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La première force est d'avoir renoncé à l'universalité. Les modèles généraux appliqués au thriller produisent des récits qui commencent trop lentement, qui laissent au héros trop d'échappatoires, et qui placent leur point de bascule au mauvais endroit. Duncan part du genre et non du récit en général, et son modèle est immédiatement plus opérant sur son terrain.

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La deuxième force est le traitement du point de non-retour. Là où la plupart des systèmes parlent de bascule, de tournant ou de changement de direction, Duncan pose une impossibilité : après ce point, abandonner n'est plus une option. C'est une exigence beaucoup plus stricte, et elle explique pourquoi tant de thrillers s'affaissent au milieu. Le héros pourrait rentrer chez lui, et le spectateur le sait.

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La troisième force est l'attention au tempo d'ouverture. Le thriller est le genre où les premières minutes décident de tout, et Duncan l'énonce sans détour : on attire l'attention par un moment fort, on installe ensuite. C'est l'inverse de l'ordre classique, et c'est juste.

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Les limites

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La première limite est celle de son périmètre, assumée par l'auteur : ce modèle décrit le thriller. Appliqué à un drame intime, à une comédie, à une chronique, il impose une urgence et une menace que le projet n'a pas.

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La deuxième limite est son silence relatif sur le personnage. Duncan travaille la mécanique de la tension et la trajectoire de la menace ; ce qui se transforme intérieurement chez le héros reste peu développé. C'est cohérent avec le genre, où l'enjeu est souvent la survie plutôt que la métamorphose, mais les meilleurs thrillers font les deux.

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La troisième limite est la faible diffusion du modèle en français, qui rend les sources difficiles à croiser et l'expose aux approximations de seconde main.

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Ce que j'y ajoute

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Duncan est le théoricien de ce comparatif dont je me sens le plus proche sur un point précis, et je veux dire pourquoi.

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Son point de non-retour est exactement ce que j'appelle l'entrée dans le tunnel. Il ne dit pas que l'action change de direction, ni que l'enjeu monte : il dit que le personnage ne peut plus abandonner. C'est une définition par l'impossibilité, et c'est la seule qui rende un deuxième acte solide.

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Ce que j'ajoute est une généralisation. Duncan réserve cette exigence au thriller, où elle paraît naturelle parce que la menace la produit d'elle-même. Or elle vaut pour tous les récits, y compris ceux où rien ne poursuit personne. Un drame intime, une chronique, un récit d'apprentissage ont besoin du même point de non-retour, à ceci près qu'aucune menace extérieure ne le fabrique : il doit venir de la contradiction du personnage.

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Autrement dit, le thriller est le genre où le tunnel est visible. Ailleurs, il faut le construire.

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Et cela produit une correction dans l'autre sens, utile pour le genre lui-même. Un thriller où l'étau se resserre uniquement par pression extérieure reste mécanique. Ce qui distingue les grands, c'est que le personnage a lui-même contribué à fermer ses propres issues, en poursuivant quelque chose qu'il voulait légitimement.

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Quand l'utiliser (et quand en changer)

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Utilisez Duncan pour tout récit à menace : thriller, film noir, survival, suspense, mais aussi drame sous tension. Utilisez son point de non-retour comme test sur n'importe quel deuxième acte, y compris hors du genre : demandez-vous si votre héros pourrait rentrer chez lui. Utilisez son exigence d'ouverture si vos vingt premières pages installent au lieu de saisir.

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Changez de modèle pour tout ce qui relève de la transformation intérieure, où Weiland ou Hauge vous mèneront plus loin, et pour les récits sans menace, où son vocabulaire vous fera inventer une urgence artificielle.

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FAQ

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En quoi la structure d'un thriller diffère-t-elle d'une structure générale ? Par le tempo d'ouverture, qui doit saisir avant d'installer, et par la nature du point de bascule central, qui n'est pas un changement de direction mais une impossibilité d'abandonner. Un thriller construit sur un modèle généraliste commence trop lentement et laisse au héros trop d'échappatoires.

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Qu'est-ce que le point de non-retour chez Steve Duncan ? Le moment où le personnage fait un choix radical après lequel il ne peut plus renoncer. C'est l'articulation centrale du modèle : un thriller dont le héros pourrait encore abandonner perd sa tension, quelle que soit la qualité de sa menace.

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Ce modèle fonctionne-t-il hors du thriller ? Sa mécanique de tension et son exigence d'irréversibilité valent pour tout récit, mais son vocabulaire de menace et d'urgence s'applique mal à un drame intime ou à une chronique. On peut emprunter le principe sans importer le genre.

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Pour situer Duncan parmi tous les systèmes : le comparatif complet des structures narratives. Le modèle qui pense aussi l'impossibilité de reculer : les quatre états d'Augustin. L'échelle intermédiaire qui lui manque : l'approche séquentielle de Paul Gulino. Et si votre héros pourrait encore rentrer chez lui : Quelle structure pour votre scénario ?

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Will Witters est dramaturge, script doctor et auteur. Il accompagne scénaristes et romanciers dans l'architecture de leurs récits et enseigne la dramaturgie en résidence à La Villa NOESIS.

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